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De Ngaay à vos pieds…..

De son vrai nom Ngaay Mékhé, cette ville sénégalaise est située dans la région de Thiès et plus précisément dans la commune de Tivaoune, la ville sainte. Ngaay comme on l’appelle est une ville en pleine expansion qui est très réputée dans le domaine de la maroquinerie avec ses fameux souliers en cuir faits à la main. Conscients de cet avantage, de jeunes sénégalais ont décidé d’investir dans ce secteur en créant leur propre marque, connue sous le nom de Taaru Ngaay.

Allons à la découverte de cette fameuse marque qui commence à se faire une place de choix dans le secteur de la maroquinerie au Sénégal.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots?

Je m’appelle Massamba FALL, je suis Ingénieur informaticien et co-fondateur de la marque Taaru Ngaay.

En tant que co-fondateur de la marque Taaru Ngaay, pouvez-vous nous expliquez comment vous est venue cette idée?

L’idée est venue de mon ami et co-fondateur de la marque Taaru Ngaay. Lui aussi est un ingénieur informaticien travaillant à Dakar mais habitant à Ngaay Mékhé. A chacun de ses voyages à Ngaay, ses collègues, ses amis, ses voisins … lui demandaient de leur rapporter des chaussures de Ngaay car selon eux, elles sont de très bonne qualité. Comme le besoin était là, nous avons sauté sur l’occasion pour lancer notre propre entreprise car comme le disait Jack Ma : « Là où il y’a un besoin y’a forcément une opportunité ». Dès lors, il fallait créer une marque qui nous est propre, d’où la naissance de Taaru Ngaay.

Pourquoi le choix du nom TAARU NGAAY ?

Avant tout, nous voulions un nom original, facile à retenir et qui sonnait africain; nous voulions par la même occasion mettre en valeur la ville de Ngaay. En y réfléchissant, on s’est dit comme au Sénégal quand quelqu’un porte une belle paire de chaussures on lui dit: «Sa dale yi taaru nagn» (« tes chaussures sont magnifiques »). Taaru pouvant signifier aussi bien beauté qu’identité, nous avons donc décidé de choisir ce nom. Par ailleurs, il faut savoir aussi que la marque est appelée à évoluer à l’avenir pour devenir peut être Taaru Sénégal, Taaru Africa ou pourquoi pas Taaru tout court.

Pourquoi avoir choisi d’investir dans ce secteur ?

Certes il y’avait un besoin et donc une opportunité à exploiter, mais cela ne suffisait pas. En fait, pour qu’un projet soit viable, il faut le besoin c’est-à-dire la demande ou bien le marché mais il faut également de l’innovation. Dans ce secteur, il y’avait un segment de la population qui était oublié et dont les exigences n’étaient pas prises en compte dans la conception des produits. Ce sont entre autres les cadres ou encore les jeunes … qui exigent des produits d’une qualité supérieure et avec une finition impeccable. En d’autre termes, nous voulions conceptualiser des modèles de chaussures haut de gamme pouvant concurrencer celles des grandes marques importées et très prisées au Sénégal. On a également voulu surfer sur cette vague de panafricanisme qui commence à secouer l’Afrique, en consommant local. Jadis, on se vantait de porter des habits ou des chaussures venues de l’Occident. Mais de nos jours, les choses ont commencé à changer, l’africain n’a plus ce complexe d’infériorité vis à vis de l’occident. Au contraire, l’africain se vente de porter des produits 100% made in Africa.

Quelles sont les difficultés auxquelles vous avez été confrontées au début ?

Les difficultés sont nombreuses et variées  parmi elles nous pouvons citer: l’inaccessibilité du cuir et des talons en caoutchouc (qui sont les principales matières premières), le manque de moyens, le manque de professionnalisme, le manque de formation et le faible niveau d’études des personnes travaillant dans le secteur.

En ce qui concerne, le cuir et les talons en caoutchouc, la chaîne de transformation du cuir commence ici au Sénégal. Les peaux d’animaux sont ensuite exportées vers l’Italie où elles sont transformées puis renvoyées au Sénégal pour être revendues à des prix exorbitants. L’autre difficulté concernant toujours le cuir, est qu’il est difficile de reprendre un produit déjà conçu avec le même type de cuir et ayant les mêmes caractéristiques (pour ce qui est de la couleur, de l’épaisseur ou encore de la maniabilité).

Par ailleurs, le manque de moyens est également un réel problème. Les outils utilisés sont très rudimentaires et cela a un impact considérable sur la qualité des produits et la capacité de production. Il nous est parfois arrivé de refuser des commandes car ne pouvant pas produire les quantités demandées dans les délais requis.

Pour finir, le manque de professionnalisme et le bas niveau d’études des acteurs du secteur constitue un autre grand problème (pas de planification des activités, non respect des délais de livraison, problèmes de finition…). La plupart des cordonniers du secteur sont formés dans le tas. De plus, aucune norme n’est respectée dans la conception et la fabrication des produits. Cependant, il est important de signaler que des actions sont en train d’être menées par la mairie de Ngaay en collaboration avec des associations qui organisent des sessions de formations en Italie ou ailleurs. Mais cela concerne qu’une poignée de cordonniers qui ne font pas le transfert de compétence à leur retour au Sénégal.

Quels sont les différents produits de la marque ?

Pour l’instant nous ne produisons que des chaussures (des sandales, des nu-pieds, des babouches, des wallabees, des mocassins et des bottes..) pour hommes, femmes et enfants . Mais nous avons prévu de fabriquer aussi des sacs, des ceintures, des portefeuilles, etc. Notre rythme de progression est certes très lent mais c’est voulu car nous prenons tout le temps nécessaire pour concevoir, fabriquer et tester un produit avant de le mettre sur marché en grande quantité. C’est ce qui nous différencie des autres et fait que la marque Taaru Ngaay commence à être connue grâce à la qualité de ses produits. Il faut savoir aussi qu’on ne vas pas se limiter simplement à la maroquinerie. D’ailleurs, on compte explorer tous les secteurs de l’artisanat africain.

Quels sont vos différents canaux de distribution ?

Nous commercialisons nos produits à travers notre site e-commerce taarungaay.com et notre boutique qui se trouve au marché Sandiale sur l’avenue George Pompidou, au centre-ville de Dakar. Nous utilisons également les réseaux sociaux pour nous faire connaître et écouler nos produits.

Quels sont les fourchettes de prix des produits ?

Pour le moment nos prix varient entre 7.000 et 22.000 frs CFA. Mais ils varient constamment en fonction du marché et des nouveaux produits.

Comment voyez-vous l’avenir sur le marché de la maroquinerie ?

Très prometteur si on le professionnalise.

Quels conseils donneriez-vous à la jeunesse africaine en tant que chef d’entreprise ?

De croire en l’Afrique, d’investir sur les produits africains, de faire toujours preuve de professionnalisme et de faire toujours mieux et plus que les autres pour être le meilleur.

Lien utile: https://www.taarungaay.com/

Ndèye Fatou Sarr

Blogueuse, maman, passionnée par l’écriture.

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