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La pression sociale ou en Wolof, l’art de « top nit bamou seuss…».

Diarra et Fanta sont des amies d’enfance. De temps en temps, elles se retrouvent pour discuter et se rappeler du bon vieux temps.
Diarra : « wa Fanta comment tu vas ? »
Fanta : » je vais bien et toi? »
Diarra: « Fanta dis-moi, as-tu des problèmes? »
Fanta: « Pourquoi cette question? »
Diarra: « Parce que tu es trop chétive. Il faut bien manger parce qu’une femme doit avoir des formes. Wa Khana tu ne veux pas ressembler à Beyoncé » ?

Fanta suivit à la lettre les conseils de son amie et commenca à se gaver matin et soir. Au bout de quelques mois, son poids doubla. Un jour, en allant au marché, elle croisa Diarra et elle lui dit : « Wa domou ndaye, tu t’es vue? Tu as trop grossi. Yiiiii, il faut faire vite un régime sinon on va dire que tu fais plus que ton âge ». Fanta esquiva un sourire et partit, blessée mais ne voulut pas le lui montrer.
Quelque part à Diourbel, Mamy discute avec sa cousine Soda.
Soda : « Wa Mamy, tu as un beau teint manchalah mais tu es trop foncée à mon avis. Si j’étais toi, j’allais appliquer une crème afin de rendre le teint plus éclatant. Tu connais le lait de corps : « Ab… » ? Essaie-le, c’est bon pour la peau. En plus, le teint caramel est très en vogue en ce moment ». Le soir, en se regardant dans le miroir, Mamy pensa à la discussion qu’elle a eu avec Soda et décida dès le lendemain d’acheter le lait de corps. Après 4 mois d’utilisation, elle devint plus claire que Shakira. Un jour, Soda la regarda et lui dit : « La ilaaaaa, wa Mamy, tu t’es vue? Wouuuuu, tu es trop claire! Il faut diminuer la dose sinon ta peau va se gâter. Et en plus fais trés attention au mauvais œil, bakhnaa rek! »
Dans une autre famille de la banlieue dakaroise, un étudiant titulaire de deux maitrises (Droit et Relations internationales) nommé Samba, peine à trouver un emploi. Et comme il est l’ainé de sa famille, les parents n’arrêtaient pas de lui mettre la pression afin qu’il assure toutes les charges de la maison. Il ne savait plus où donner de la tête et passait le plus claire de son temps à parcourir les rues de Dakar à la recherche d’un emploi. Un beau jour, en allant faire du sport à la plage, il rencontra son ami Sidy qui lui fit part de son projet d’immigration par bateau. Samba rentra à la maison et en parla à sa mère. Cette dernière vendit tous ces bijoux et lui remit l’argent . Un beau matin, Samba rejoignit St-louis où il devait rencontrer des passeurs et son ami Sidy pour aller en Espagne. Malheureusement pour lui, il ne reviendra jamais parce que leur bateau chavira dans les îles canaries et seules quelques personnes dont son ami Sidy ont survécu. Sa mère pleura jusqu’à avoir des problèmes de cœur et en mourut quelques mois après .
Mame Bigue, quant à elle, est directrice générale dans une grande société de la place. Malgré sa situation que beaucoup de ses amies lui envient , elle n’est pas heureuse parce qu’on lui met la pression pour qu’elle se marie coûte que coûte. On lui rabâche tout le temps dans les oreilles : « Mame Bigue quand est ce que tu vas te marier? Arrête de chasser les hommes wayee , sinon tu risques de mourir vieille fille ». Pourtant, elle ne « chasse personne »; c’est juste qu’elle n’a pas encore trouvé l’homme que Dieu a choisi pour elle . De peur du « qu’en-dira-t-on », son papa décida de la marier à son cousin. Cela fait maintenant deux ans qu’ils sont mariés et n’ont toujours pas d’enfant. Les commérages commencèrent à aller bon train surtout venant de sa belle-famille. Elle passa des nuits blanches sans fermer l’œil. Si seulement, les gens savaient combien de fausses couches elle a eu et combien d’argent a elle a dépensé dans des traitements qui jusqu’à date n’ont pas porter leurs fruits? Mais en tant que croyante, elle se levait tard dans la nuit pour prier Dieu de lui donner un enfant en santé. Et comme l’heure de Dieu n’est pas celle de l’homme, l’enfant tant attendu, arriva, au bout de 9 neufs mois de grossesse, un jour de 30 avril. C’était une fille à qui ils donnèrent le nom de Fama en l’hommage au « Ndieuker » ( la belle soeur du mari). Alhamdoulilah. Deux années après, elle accoucha d’une seconde fille nommée Alimatou, les gens commencèrent : « Yaw mom dangua djigueener (Tu ne donnes naissance qu’à des filles). A quand le garçon? »

Parbleu! Ont-ils oublié que c’est l’homme qui détermine le sexe du bébé en fournissant le chromosome X ou Y? Mais, cette théorie est rangée aux oubliettes et on a tendance à rejeter toute la faute sur la femme.

Mais bon sang, stop! Stop! Mais quand est-ce que vous allez arrêter de mettre la pression sur les gens alors que vous ignorez réellement l’histoire qui se cache derrière? Dans cette vie, il y’a des gens qui vont se marier et d’autres jamais. Il y’a des gens qui auront des enfants d’autres non. Il y’a des gens qui seront les bons et d’autres les méchants. Il y’aura des pauvres et des riches. Il y’a des tailles fines et des rondes. Telle est la volonté divine. Aimons juste les gens pour ce qu’ils sont mais pas ce qu’ils ont.
A toutes les personnes qui subissent ce genre de frustrations, armez-vous de courage et vivez votre vie selon les préceptes de votre religion et comme vous le sentez sans trop tenir compte des propos d’une certaine minorité. Entourez-vous de personnes positives qui vous aident à aller de l’avant. Éloignez-vous de celles qui vous critiquent sans cesse, sans raison et qui vous découragent; parce que ces personnes sans le montrer, auraient aimé être comme vous et avoir le même parcours que vous. Vous savez, la vie est trop courte. Donc, profitons au maximum en s’entourant d’ondes positives et savourons chaque instant de bonheur aussi court qu’il soit.

Ndèye Fatou Sarr

Blogueuse, maman, passionnée par l’écriture.

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